Le thorium pour remplacer l’uranium

D’après nombre de spécialistes du nucléaire, avoir emprunté la voie de l’uranium, pour la production d’énergie à des fins civiles, se révèle un choix désastreux. C’est la décision d’un puissant lobby, désormais dépassé, qui a amené à ce cauchemar écologique, technologique et financier. Une utilisation rationnelle du thorium serait pourtant à la source de la création d’applications bénéfiques pour ceux qui l’utiliserait.

La redécouverte d’une voie nucléaire plus sage

Les caractéristiques ce minerai particulier en font un élément chimique bien moins sujet à des accidents s’il est utilisé comme combustible nucléaire. La production de déchets liée à son exploitation est nettement inférieure à celle des combustibles à base d’uranium. Les idées lumineuses de l’ingénieur français Edgard Nazare développées dans les années 1950 pourraient être remises au goût du jour.

Il en va de l’existence-même de la filière nucléaire civile fortement critiquée pour ses manquements à la sécurité et pour l’âge dangereux de ses centrales. Même de nouvelles solutions techniques comme l’EPR, dont on a encore du mal à percevoir les bénéfices voire un début de mise en production, ne sont pas des solutions compétitives par rapport à des réacteurs à haute température qui reposerait sur son usage. De son utilisation n’est pas limitée, loin de là, à une exploitation pour la production d’énergie nucléaire.

Le thorium, késako ?

Ce minéral noir a été découvert en Norvège en 1828. C’est sans doute l’endroit de sa découverte qui a inspiré son nom, calqué sur celui du dieu du tonnerre nordique Thor. Sa radioactivité n’a été découverte que 70 ans plus tard par Madame Marie Curie et Gerhard Carl Schmidt, chimiste allemand de renom. Le matériau resta inutilisé jusqu’en 1885 où on l’employa dans les manchons à incandescence. Ces sources d’éclairage particulières furent abandonnées à la fin de la première guerre mondiale. En 1950 la mise au point d’une procédure chimique appelée méthode de la zone fondue a permis de produire du thorium sous la forme d’un métal de grande pureté. Ce matériau particulier a dès lors pu être utilisé pour de nombreuses applications.

Des avantages certains par rapport à l’uranium

Ce matériau sous sa forme naturelle, même s’il est un radionucléide dangereux dont la durée de vide est de 14 milliards d’années soit trois fois l’âge de la Terre, est moins dangereux pour l’homme que les autres éléments radioactifs et de leurs isotopes. Cela est dû au fait qu’il se désintègre plus lentement qu’eux. Ses rayonnements alpha ne peuvent pas pénétrer la peau. Manipulé en petites quantités le thorium n’est pas dangereux tant que l’on ne l’inhale pas ou que l’on ne l’ingère pas. De plus il est quatre fois pus abondant que l’uranium et l’on en trouve en grande quantité en Bretagne. Il est également présent dans de nombreux pays comme l’Australie, l’Inde et la Turquie. En fait il se trouve en petites quantités dans la plupart des roches ainsi que des sols, il est aussi abondant sur Terre que le plomb.

Un univers d’applications à découvrir

L’emploi du thorium par rapport à d’autres minerais radioactifs déjà utilisés procure de sérieux avantages du fait de sa faible radioactivité. Son utilisation permet de développer toute une gamme d’applications qui ne pourraient l’être avec de l’uranium. Sous forme d’oxyde il peut être employé pour créer les cathodes d’un matériel de soudure à cause de son travail de sortie bas. L’arc électrique est bien plus puissant et l’électrode du poste de soudure est plus durable. Toujours sous cette forme il permet d’obtenir des porcelaines très résistantes.

En optique le thorium permet d’obtenir des verres de qualité très supérieure à cause de son indice de réfraction élevé et de la faible dispersion qu’il procure. On peut l’utiliser comme catalyseur pour créer de l’acide sulfurique ou en électronique en tant que détecteur d’oxygène. Il peut s’employer comme alliage dans les structures en acier ce que bien sûr il n’est pas souhaitable de faire avec d’autres matériaux radioactifs bien connus.

A cause des grandes quantités disponibles de ce minerai il peut fournir plus d’énergie que l’uranium, le pétrole et le charbon réunis. Cependant cela nécessiterait le développement d’une nouvelle filière de réacteurs nucléaires de type surgénérateurs. La technologie existe déjà, il n’y a qu’à sauter le pas. Cela ne dépend que d’une décision politique, les spécialistes scientifiques sont déjà partants.