Les supercalculateurs comme source de chaleur

Le concept peut paraître étonnant, pourtant il semble particulièrement digne d’intérêt dans la conjoncture actuelle où toutes les nouvelles sources d’énergie non polluantes et gratuites sont les bienvenues. Et il s’avère que la chaleur produite par les serveurs informatiques du monde entier aurait la capacité de chauffer la moitié des foyers européens. Alors pourquoi s’en priver ?

Breveté en 2010, le concept a été créé par Paul Benoît, le fondateur de la start-up Qarnot Computing dont le nom est un hommage à Sadi Carnot, l’inventeur de la thermodynamique. Son idée ? Utiliser la source de chaleur considérable produite par les centres de données, les fameux Data Centers. En effet, ces sites regroupent des installations informatiques chargées de stocker et de distribuer des données par le biais de différents réseaux. Le coup de génie de Paul Benoît fut donc d’envisager de fractionner ces immenses centres de calculs en mini-centres rendant ainsi possible leur installation chez les particuliers. Le potentiel chauffant de ces ordinateurs seraient alors utilisé sous forme de « radiateurs-ordinateurs ». Le fondateur de la start-up française n’hésitait pas à assurer la promotion de son concept à l’aide d’un exemple original : « Le dessin-animé Shrek 1 aurait pu chauffer 200 personnes pendant un an et Shrek 4 aurait pu en chauffer 2000 ! ». Pas étonnant sachant les 5 et 50 millions d’heures de calcul qu’ils ont nécessité. L’avantage suprême de ce système original est bien entendu son absence de coût. En effet, Qarnot Computing trouve son compte en louant sa puissance de calcul à des entreprises. Et même si l’on pourrait croire que l’idée de voir leurs données circuler chez les particuliers inquiète les clients, il n’en est rien. La banque BNP Paribas a ainsi fait le choix de basculer 5% de ses calculs de risque sur la plateforme de Qarnot Computing, expliquant en ces termes les avantages de cette décision : « Ce partenariat nous permet de réduire de 75% l’empreinte carbone de ces calculs informatiques, car la chaleur rejetée est réutilisée et les serveurs n’ont plus besoin d’être refroidis ».

Depuis lors, d’autres initiatives ont vu le jour. Citons, par exemple, celle de Christophe Perron, président-fondateur de la start-up française Stinergy, qui inventa en 2013 la première chaudière numérique de France. Le principe est toujours le même – utiliser la chaleur produite par des ordinateurs installés près d’habitations – mais l’objectif est différent. Il s’agit cette fois-ci de chauffer l’eau des résidents. Selon Christophe Perron, « le système permet de réaliser environ 40% d’économies d’énergie sur l’eau chaude du bâtiment ». Une économie de 80 à 150 euros par an et par logement est également à relever.

Signe que ce mode de chauffage a un véritable avenir, en 2017, une piscine parisienne s’est vue dotée de ce nouveau système. Elle utilise en effet la chaleur émise par les ordinateurs stockés en sous-sol. Ces derniers font chauffer un bain d’huile qui, une fois dans un circuit, permet de chauffer l’eau par le biais d’un échange thermique qui aboutit parallèlement au refroidissement de l’huile. Celle-ci repart alors vers les ordinateurs du Data Center pour se chauffer. Et la boucle est bouclée !